[Article Spécial] Burn-out

Bon, vu le titre, je suis sûr que vous avez compris que je ne vais pas vous parler de pâquerettes, de jolies nuages, des plages de galets de Hualien ou de la cuisine taïwanaise que je commence à apprécier. Non, je vais parler de Burn-Out, et parce que je suis pas compétent pour vous parler d’autre choses, je vais parler de moi. De mon « Burn-Out ».

Je tiens tout d’abord à préciser que je n’ai peut-être pas la légitimité de parler de cela. Chose que je déteste d’habitude (mais en même temps je vais jamais voir non plus un médecin), je me suis « auto-diagnostiqué », et un ami à qui je parle de cela régulièrement corrobore. Mais, c’est peut-être totalement autre chose, c’est peut-être foireux… Mais même si ce n’est pas un Burn-Out, c’est assez important pour en parler.

Alors je vais commencer, je vais parler de moi.

Je vais parler de moi parce qu’il faut bien ça pour comprendre comment j’en suis arrivé là, et où j’en suis arrivé.

J’ai 21 ans, en juin j’en aurais 22. C’est un peu jeune encore. Mais de mes 3 à 17 ans, j’ai subi du harcèlement scolaire (et j’ai d’ores et déjà envie d’arrêter d’écrire l’article, je déteste parler de moi ainsi, je hais ce sentiment d’atermoiement…) et pour ne rien arranger mes relations familiales ne sont pas les meilleures et n’ont commencées à s’arranger que depuis l’an passé (avec mes parents entre autre).

Alors, durant tout ce temps, j’ai appris à faire seul. J’ai cherché à apprendre à faire seul. Mon mot d’ordre, c’était « indépendant », je voulais et je VEUX être indépendant, de tout et de tout le monde qui m’entoure. Je ne fais pas confiance aux autres (ou si peu) et toujours pas à moi-même.

Les années de harcèlements ont amenées aussi deux problèmes contradictoire. L’envie d’achever et la peur de terminer. Je veux prouver à tout le monde, à tout un chacun que je suis capable, je peux faire des choses. Et dans le même temps j’ai tellement de fois entendues que je suis inutile, bon à rien, incapable… qu’un mur imaginaire s’est mis devant moi lorsque j’arrivais au bout d’un projet, comme une excuse pour ne pas finir.

Alors pour palier ça, j’ai mis au points des petites stratégies. Des stratégies pour ne pas penser, et pour me donner « bonne conscience ». Faire plus, toujours plus, toujours toujours toujours toujours plus, s’il y en avait plus ou trop alors c’était normal que je ne puisse pas finir quoi que ce soit. En France, je faisais de l’escalade, de l’aïkido, de la radio, j’étais membre d’un conseil étudiant, j’invitais chaque semaines des amis, j’écrivais mes récits qui se compte en douzaine, je dessinais un peu, je faisais mes devoirs et suivais mes cours et je passais du temps avec ma petite-amie quand j’en avais une… Et ça ne semble peut-être pas grand chose, et ça ne me semblait pas grand chose et je cherchais à toujours caler plus. « Tu veux traduire mon texte » « oui pas de soucis », « tu peux me faire ça, même s’il est minuit » « je te le donne dans 2h », « tu es dispo pour… » « évidemment! ». C’était pas toujours ainsi, forcément, mais dans une idée générale si. Je cherchais, je cherche à être productif, à être hyper socialisé et utile aux autres. J’existe, regardez-moi… Mais pas trop, je n’en vaux pas la peine, mais je suis là pour vous. Dès que vous le demandez…Faire pour les autres, c’était une manière de contourner ce mur qui m’empêchait de faire pour moi.

Et puis dans tout ce climat un peu malsain, il y a eu plein d’autres choses qui sont venus se greffer. Le fait que malgré tout ce que j’en dise, j’ai du mal à assumer ma bisexualité (la peur du regard des autres quand je fanfaronne en disant que je m’en moque alors que je suis terrorisé). Une rupture douloureuse dont j’ai mis près de deux ans à me remettre, et qui m’a transformé en un sombre connard qui me répugnait, qui me répugne encore puisque je traîne encore certains comportements que j’ai développé sur cette période. Il y avait aussi de nombreux projets me tenant à coeur qui n’ont pu être réalisé parce que j’avais besoin d’autres pour les faire et que jamais je n’ai réussi à trouver ou motiver ces autres. Et ceci à droite encore, et cela à gauche…

Sauf que je ne suis pas un sac sans fond et les journées de ma vie ne font que 24h comme pour tous. Alors un jour, j’essaie de mettre plus. Sauf que ça marche pas parce que le tout est déjà comme une montagne précaire qui menace de s’effondrer. La voiture dans laquelle j’entasse mon existence à le coffre plein, et je ne peux plus le fermer pour me remettre en route. Alors parce que je ne sais prendre soin de moi, j’ai fait la seule chose débile et possible. J’ai continué à bourrer le coffre de cette voiture, j’ai même appuyé sur l’accélérateur pour continuer à avancer à la même vitesse alors que j’étais de plus en plus lourd…

Et c’est quoi le Burn-Out dans tout ça, c’est où?

Le Burn-Out ici, c’est toujours accélérer alors que je fonce dans un mur avec un coffre trop plein et me dire que si je freine c’est la mort et qu’il vaut mieux aller au devant. Alors forcément je me suis pris le mur de pleine face.

Plusieurs fois ce semestre, seul, j’étais en larme. Incapable de « faire », et ça s’est cristallisé avec la rédaction d’un exposé ce semestre. J’adorais ce sujet, mais la seule chose que je voyais devant moi c’était ce mur qui me disais « non, tu ne peux pas le faire », et j’ai eu le plus grand mal à le faire, avec l’aide de ce même ami qui m’aide depuis le début. Et j’ai pleuré encore.

Parce que pleurer c’est se délester de ces trucs au fond du coffre que j’aurais du jeter il y a longtemps. Mais que je garde.

Actuellement je suis en vacances, et ma première action a été d’aller chercher plus de travail. Une traduction de BD en chinois auprès d’une amie suisse, un projet de réécriture d’une de mes nouvelles pour l’adapter en format audio, voir en format vidéo… Parce que même si je suis conscient que cela ne va pas; j’ai besoin de combler tout ce qui peut l’être. Et parce qu’un des problèmes du burn-out, c’est que même si ça ne va pas, ce n’est pas comme la dépression, il y a des moments où tout va pour le mieux, où la vie est la plus belle. Et des moments non.

Sauf que le Burn-Out, c’est un mur devant moi qui reste constamment là, plus ou moins tangible. Et dessus en gros est marqué « Tu ne peux pas le faire », et je crois que plus je fais plus j’ai de chances de passer au travers de ce mur ou de le surmonter. Mais non. Il faut attendre, se reposer, et passer à côté, faire bifurquer sa voiture…

Je suis partisan de solutions alternatives, je pense qu’on n’est pas obligé de travailler aujourd’hui, je pense qu’on peut ne rien faire sans que ce soit « honteux » dans notre société hyper-productiviste (entre autre suite à la lecture de cet article)  Mais j’en suis incapable, il m’est impossible de m’arrêter ou si peu pour le moment.
Ce burn-out serait aussi arrivé en France je pense, peut-être dans d’autres conditions. L’environnement inconnu, la fatigue de parler tout le temps une langue étrangère n’y est pas pour rien. Mais cela serait venu tout de même. Et j’ai encore un long chemin à faire avant de passer outre, parce que la seule réponse que j’ai lorsqu’une amie me demande si « je suis encore dedans?« , c’est Oui, indubitablement dedans, profondément dedans ce Burn-Out.

Alors qu’est-ce qu’il faut en dire, en retenir?

Le Burn-Out était jusqu’il y a peu une maladie reconnu pour les travailleurs, jusqu’à s’étendre récemment aux étudiants (récemment, j’entends il y a quelques années). C’est une de ces pathologies courantes de notre société où quelqu’un fait plus pour lui ou pour les autres et en fait toujours plus sans rien lâcher jusqu’à ce que son corps ou son mental lâche. Ou les deux comme pour moi.

C’est un truc assez vicieux, car jusqu’au point de non retour, on se dit que ce ne sont que des phases. Ce n’est PAS un état constant. C’est un état général mais alternatif, ça va ça vient et puis plus ça va, plus ça vient souvent. Jusqu’à ce que le coffre soit trop plein et que les tendeurs le maintenant fermés pètent eux-aussi, jusqu’à ce que la voiture se fracasse contre le mur.

Cela arrive dans le milieu étudiant bien plus souvent qu’on ne le pense aussi. Il y a la pression scolaire, des professeurs qui nous disent toujours plus en France qu’on ne fout rien ou pas assez et celle des examens où on doit tout faire en 10 jours. Il y a la pression sociale de ces-même professeurs et de l’entourage qui nous disent « trouve un avenir! »… Pour me retrouver à 40 ans passés dans un job que je n’aime pas et me rendre compte que j’ai gâché ma vie non merci. Mais il faudrait le faire, se démener pour le faire! Il y a aussi la difficulté de la vie étudiante, choisir de vivre comme un moine avec 5 fruits et légumes par jours ou bien choisir de vivre avec des soirées du cinéma et des concerts et avec des pâtes plus souvent que de raisons, ou des coupes alimentaires pour nourrir le réservoir de la voiture. Des choix pour garder en équilibre une vie saine, sérieuse pour réussir parce qu’IL FAUT réussir après tout, et avec des sorties pour s’aérer l’esprit quand les comptes ne sont pas en négatifs.

Sauf que ça ne marche pas comme cela.

Ce n’est tout d’abord, et je pense c’est le plus important, PAS GRAVE de foirer. De se vautrer. On en meure pas de se casser la gueule. On en revient, et ce n’est pas honteux, et c’est même parfois bien tant que ce ne sont pas les autres qui font que tu te casses la gueule. L’échec et ce qu’il apporte devrait être repensé.

La pression sociale et scolaire devrait être revue, par soi-même et par les institutions. Ce n’est pas parce qu’on a 20 ans, plus ou moins, qu’on peut tout faire sans dormir et produire et être heureux et le faire pour des kopecs. Et les « moi à ton âge » ne riment à rien parce que eux à notre âge ont connu des choses qu’on ne comprendra jamais comme eux ne peuvent comprendre totalement l’environnement dans lequel nous évoluons, comme nous ne comprendrons peut-être pas l’environnement des enfants de la prochaine génération. Il y a aussi le droit de ne pas savoir son avenir, encore plus aujourd’hui qu’hier vu la situation du marché du travail, ou juste l’état général dans le monde. Il y a le droit de prendre son temps pour réfléchir, essayer, ici encore se tromper et choisir autre chose, une autre voie.

Il faut penser à soi. Il faut ralentir, regarder son GPS et prendre parfois une route de côté un peu plus longue mais plus belle à traverser, plus sereine que de rouler à 200 sur l’autoroute du non-sens.
Il faut aussi décharger son coffre, parfois ne garder que le nécessaire et puis en reprendre plus tard, lorsqu’on s’en sent capable, et surtout doucement. Et ne pas hésiter à recommencer, à se délester s’il le faut. Parce que vous consommez moins de votre carburant quand vous êtes plus léger, vous allez plus loin et plus sereinement.
Il faut pleurer pour évacuer tout ça, parce que l’échec et la faiblesse ne sont pas une honte. Mais quelque chose d’utile pour repartir.

Il faut en parler. Et faire attention à ce que ça ne vous arrive pas, à ce que ça n’arrive pas à des gens autour de vous.

Fabrice.

P.S: Je m’excuse de l’article très personnel. Je pense que c’est un sujet important qui s’inscrit dans mon voyage malgré tout. Et j’espère que cet article aura un peu de portée, si cela peu aider des gens. Internet est extra pour identifier ce que vous avez, même si je recommanderais toujours l’avis d’un médecin. Parlez-en, prenez soin de vous.

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4 commentaires sur “[Article Spécial] Burn-out

  1. « Prendre parfois une route de côté un peu plus longue mais plus belle à traverser, plus sereine que de rouler à 200 sur l’autoroute du non-sens » 💓 C’est beau.

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